La Pierre & la plume - Kesaco ?

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mardi 14 mars 2017

Histoire numéro 4




Angèle fermait le magasin quand deux mains vinrent se poser sur des yeux. Sans même un sursaut elle dit:
"Bonjour Pierre !"
Il la lâcha, elle le regarda et lui sourit.
"Tu prends des risques. Surprendre ainsi une fille qui pourrait t'envoyer dans les airs en deux secondes..."
"Je savais que tu me reconnaîtrais."
Car même si elle était la fille la plus puissante de l'univers et qu'il était dangereux de la surprendre, elle avait des cinq sens suffisamment développés pour reconnaître l'odeur du jeune homme de loin.
"Je t'ai senti quand tu es sorti de ta voiture."
"Impressionnant."
"Merci."
Elle souriait, ravie. C'était une excellente chose elle était de bonne humeur. Avec elle, il était difficile de prévoir.
"Que me vaut l'honneur ?"
"Je suis venu te chercher. Ça te tente qu'on aille au restaurant ?"
Il avait quelque chose à lui annoncer, elle en était certaine. Elle le connaissait par cœur. Tout dans le comportement du jeune homme indiquait qu'il voulait la mettre dans de bonnes dispositions avant de passer aux aveux.
"Pourquoi pas" répondit elle, sceptique.
Elle savait qu'il valait mieux jouer le jeu si elle voulait savoir.
Dans la voiture, Pierre décida de se lancer.
"Tu sais que je passe en deuxième année de médecine ?"
"C'est vrai ? C'est génial! "
Il ne répondit pas et regarda droit devant lui.
"Non? C'est pas génial ?"
"Si. Mais je vais recommencer ma première année."
"Quoi? Pourquoi ?"
"Je veux laisser la place à quelqu'un de plus méritant."
Angèle soupira. Elle était sûre qu'il réagirait ainsi.
"Ce n'est pas comme si tu avait eu de mauvaises notes. Tu as très bien fait! Les autres n'ont pas réussi à faire mieux. Quelle importance qu'ils aient été sous une influence démoniaque à cet instant? Toi non. Tu as une opportunité en or tu dois la saisir!"
Pierre n'aimait pas quand Angèle raisonnait ainsi. Elle était censée être une héroïne et sauver ou détruire le monde. Ce genre de comportement ne présageait rien de bon.
Et pourtant, c'était bien l'acceptation de son mauvais côté qui lui permettait de rester vers le Bien.
Il suivrait ses conseils mais ne lui dirait pas qu'il comptait travailler d'autant plus pour se sentir fier de lui.
Il se disait aussi qu'Angèle avait le cœur léger comme la plume malgré le fait que son oncle essayait d'en faire un cœur de pierre.

Publié par Blasco Anne-Lyse sur http://sagaakade.blogspot.fr


vendredi 3 février 2017

Vendredi, jour de Vénus, déesse de la Beauté !


Ce conte philosophique la Pierre et la plume est un vrai cadeau du vendredi, jour de Vénus, déesse de la Beauté !

 Laetitia Buczaczer, co-auteure dans l'écriture de livres tournés vers l'Asie (Sri Lanka, Inde, Singapour), écrit des œuvres qui ont trait au bouddhisme ainsi que des romans. Elle nous adresse une nouvelle inspirante.





Une pierre était triste. Elle se trouvait sur un chemin de montagnes dans les Himalayas, un chemin emprunté par d'innombrables randonneurs sans pitié pour ces petits minéraux sur le sol. Cette petite pierre était piétinée, envoyée à droite à gauche, écrasée, sans même un regard de compassion. Tout le monde a posé son pied dessus. Inondée par les pluies, brûlée par les rayons du soleil, en hiver, elle grelottait de froid enfouie sous la neige. La pierre ne pouvait pas rouler d'elle même pour se cacher dans un coin afin d'y trouver un peu de repos et de paix. Un jour, elle se réveilla, troublée, elle vit une plume posée à ses côtés.

- Bonjour, lui dit la pierre. Comment se fait-il que tu sois là ?
- Eh bien, j'étais dans la poche d'un écrivain, j'étais sans cesse entre ses doigts. Je n'avais aucun repos. Je devais être prête à tout moment à me lancer dans de longues écritures à la force de sa main. Il plongeait ma tête brutalement dans l'encrier et me frottait sans délicatesse contre le papier. Oh ma pauvre tête ! Elle me faisait tant de mal. Ça me faisait tellement peur que je n'en dormais plus. Hier soir il marchait sur cette route. Soudain, son pied se heurta contre toi la pierre. Puis il se baissa pour regarder son pied qui avait commencé à saigner. Quand il se pencha dans l'obscurité, il ne remarqua pas que je tombais de sa poche. Après un moment, il se redressa et reprit son chemin mais.. sans moi.

- Je tiens à te remercier, tu m'as aidé sans le savoir à m'échapper de ce calvaire d'entre ses mains. C'est parce que tu étais sur son chemin, son pied a frappé contre toi, il s'est blessé, et me voici libre aujourd'hui. Je veux rester là avec toi pour le reste de ma vie.

- Mais tu ne peux pas, lui dit la pierre. Tu es si belle, si soyeuse. Un jour quelqu'un te verra et te ramassera. Il te mettra dans sa poche et t’emmènera avec lui. Et si cette personne a le goût de l'écriture elle t'utilisera encore et encore. Ou bien la personne qui te prendra te trouvera tellement douce et brillante qu'elle voudrait te donner en cadeau à quelqu'un.

Les jours passaient, la pierre et la plume étaient toujours ensemble remplissant leurs journées de longues discutions. Toutes deux échangèrent leurs problèmes, elles étaient très malheureuses.
Un jour une pluie diluvienne s'abattit sur les montagnes. Les marcheurs étaient donc plus soucieux de protéger leur tête de la pluie. Ils n'avaient pas le temps de regarder le sol. Et ainsi la plume s’est échappée aux regards curieux de tous les passants. Comme il y avait moins de gens sur la route, la pierre aussi a eu la chance de ne pas se faire trop piétiner. La nuit qui suivit, toutes deux ont très bien dormi en faisant étrangement le même rêve...

Dans ce rêve il y avait un vieux moine bouddhiste vêtu de sa longue robe couleur safran. Il marchait très lentement, les pieds nus. Une dizaine d'autres moines plus jeunes le suivaient au même rythme. Ils étaient en marche méditative. Ils posèrent doucement chaque pas sur le sol, l'un après l'autre, en prenant conscience des vibrations et des tensions des muscles que cela provoquaient dans le corps. D'un seul coup le moine qui était en tête s'arrêta. Il s'assied par terre, les jambes croisées en position du lotus tout près de la pierre et de la plume. Les autres moines se sont regroupés autour de lui pour s'installer aussi. Le vieux moine commença à parler mais au même moment son regard se posa sur la plume. Il la prit délicatement. Il la caressa pour lui ôter sa poussière, la leva en l'air du bout des doigts pour qu'elle soit visible par toute son audience.

- Aujourd'hui, je vais vous parler de cette plume, a-t-il dit.

La plume était heureuse de l’attention qu’elle recevait et regarda fièrement la pierre.

- Nous sommes nés avec une certaine mission et un but à poursuivre. C'est idem pour les objets
que nous utilisons. Regardez cette plume. Remarquez comme elle est belle. Elle brille au soleil. Bien que resplendissante soit-elle, son but est différent. Son but est d'écrire. Il serait donc erroné qu'une plume dise : Je ne veux pas écrire. Un jour, elle pourrait réaliser de grandes choses entre les mains d'un célèbre écrivain. C'est pareil pour nous. Nous aussi, nous naissons avec un but. Il est de notre devoir de tout entreprendre au meilleur de nos capacités. Quand je parle aux enfants, je leur dis d'aimer leur parents, d'être affectueux avec leurs petits camarades, d'être respectueux envers les enseignants. Faites tout ce que vous faites avec la joie au cœur.

C'est alors que les yeux du moine tombèrent sur la pierre. Il la prit et l'enveloppa dans ses mains.
- Je sais que tu souffres de la chaleur et du froid, que tu es ignorée et foulée par tant de pieds. Mais ne soit pas malheureuse. Un jour, quelque chose de très remarquable pourrait t'arriver.

Le temps s'écoula, la pierre et la plume sont séparées. Quelqu'un avait ramassé la plume et l'avait emporté. La pierre quant à elle avait été projetée par la pluie ou par le coup de pied d'un passant pour finir sa trajectoire au fond d'un ravin.

Après bien des années, quelque chose de très étrange se produit. La famille royale de la région des Himalayas invitait au sein de leur Palais les personnes les plus célèbres du pays. Ils devaient être honorés pour leurs grandes réalisations. La fête était en plein essor. La reine invita un écrivain de renommée à recevoir sa décoration. Alors que l'écrivain agenouillé en respect s'adressait à la reine, il lui montra fièrement une plume qu'il sortit minutieusement d'un mouchoir. Il lui dit : C'est ma plume, celle qui m'a aidé à devenir le grand écrivain que je suis. Maintenant je veux la présenter à Votre Majesté pour lui offrir.
De ce simple geste la reine fut comblée et la plume se retrouva placée au musée royal, exposée à la vue de tous les visiteurs comme étant la plume du plus grand écrivain du royaume.

Quand la plume ouvrit les yeux et regarda autour d'elle avec un certain orgueil, son regard tomba sur une pierre précieuse. Durant un moment, elles se regardèrent avec étonnement.

- Je crois vous avoir déjà vu ? dit la plume.
- Oh oui ! dit la pierre. On se connaît... Nous étions juste une humble pierre et une frêle plume, délaissées de tout regard, qui ont vécu côte à côte pendant un temps sur un chemin.
Un jour, un grand moine nous prit dans ses mains et fit deux prophéties à notre sujet, celles que nous serions toutes deux très grandes !

Les deux anciennes amies se sont reconnues avec une grande joie.  Elles étaient heureuses d'être à nouveau placées côte à côte, mais non plus au centre d'un chemin poussiéreux mais au centre même de la salle du musée Royal. Elles attirent les foules les plus admiratives.

- Parle moi de toi, demande la plume. 
- Mon histoire est surprenante. Une nuit il y eut une forte inondation le long du chemin. J'ai été emportée et je suis tombée dans le vide et me suis retrouvée dans un puits de pierres.

Un jour, les ouvriers qui étaient là pour transporter des pierres, m'ont ramassé et mis dans un panier. Ils m'ont lavé dans un ruisseau voisin. C'est alors qu'ils se sont rendus compte que j'étais probablement un saphir très précieux.  Ils m'ont emmené dans un laboratoire de gemmologie. J'ai été frottée, manipulée et polie de toutes parts et je suis ressortie de ce traitement avec cet habit bleu étincelant comme tu peux admirer aujourd'hui. J'ai ensuite trôné dans un magasin de bijoux mais pour peu de temps, car la reine est venue faire des achats dans ce magasin. Elle fut éblouie par ma beauté, par mon bleu profond. Elle m'acheta immédiatement et voulut m'exposer au sein de ce musée royal afin que tous ses sujets m'admirent.
Imagine toi, une pierre laide, sale, sombre, rugueuse comme moi devient soudainement le saphir le plus précieux du royaume.

La pierre et la plume restaient méditatives sur leur drôle de destin. A ce moment elles se sont remémorées mutuellement un des enseignements du vieux moine assis sur la route avec ses disciples dont elles avaient rêvé..
Il disait : il y a en chacun quelque chose de très précieux. Votre vie sera le processus par lequel ce qui est si précieux en vous commencera à briller. Votre c?ur est ce très précieux saphir royal que vous cachez en vous. Grâce à l'amour et la bonté que vous montrez aux autres, ce précieux joyau qui est à l'intérieur de vous sortira dans tout son éclat et révélera votre grandeur.

- Te rends-tu compte que nous, une pierre et une plume gisant sur le bord d’une route, sans aucune attention à notre égard, nous qui pensions n'être rien, sommes devenues, une fois dévêtues de nos apparences illusoires, les objets les plus admirés de tout le royaume.